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Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.

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Péchés mortels pour l’humanité

Péchés mortels pour l’humanité
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La COP24 vient de montrer l’impuissance des Etats à s’accorder sur des mesures réelles pour préserver la planète, et avec elle l’humanité. Reflet de l’impuissance des Etats eux-mêmes à prendre de telles mesures dans leur propres pays – à l’exception remarquable des scandinaves. Et le dernier rapport du GIEC s’est montré encore plus alarmant que précédemment, en assurant que sans baisse des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 ou 35, la catastrophe climatique est certaine (il faudrait selon lui les réduire de 45% d’ici là, alors qu’elles augmentent encore…[1]). L’humanité risque de se perdre. Sera-ce de sa faute ? Je préférerais ne pas ressembler aux prophètes du Premier Testament, mais la situation est très comparable. Que disaient-ils ? Ils n’annonçaient pas l’avenir, comme on le pense souvent, mais avertissaient des catastrophes à venir si le peuple ne changeait pas radicalement. Le peuple n’a pas changé, et les catastrophes sont finalement venues : prise et destruction de Jérusalem, du pays, massacres et exil.

La situation est la même aujourd’hui, en pire : nous voyons les menaces s’accumuler, nous savons les identifier, nous savons ce qu’il faudrait faire, mais nous ne le faisons pas, ou dérisoirement à la marge. Nous savons aussi que c’est de notre faute, et que la catastrophe a déjà commencé. Jadis, il s’agissait d’un peuple et d’un coup d’arrêt à son histoire ; aujourd’hui il s’agit de l’humanité entière et de la fin de son histoire. Et c’est de notre faute.

Le réchauffement climatique, la fonte des glaces, l’extinction des espèces, les canicules et ouragans, l’empoisonnement de la mer, de la terre, de l’air que nous respirons et de la nourriture que nous mangeons, les crises migratoires et les menaces de violences qu’elles portent, tout cela c’est nous. Et sans doute aussi la montées des populismes, comme une réponse naïve, instinctive et dramatique à une peur diffuse.

Qui est coupable ? Sans doute les politiques, qui s’en tiennent au court terme et à la croissance économique. Mais pourquoi ces politiques, pourtant parfaitement conscients de la gravité de la situation, n’osent-ils pas prendre les virages structurels qui nous sauveraient ? Plus coupables encore, les grandes firmes et leurs lobbies, qui n’hésitent pas à noyauter, truquer, menacer, corrompre.  Coupables aussi d’attiser les désirs de consommation en donnant pour modèle incontournable le style de vie des plus riches. Mais pourquoi ces grandes firmes, tout aussi conscientes de la gravité de la situation, peuvent-elles continuer de faire passer leur rentabilité ou leur richesse personnelle avant l’avenir de l’humanité, c’est à dire l’avenir de leurs propres enfants et petits-enfants ?

A cause de nous. Les vrais pécheurs, ce ne sont pas seulement eux. C’est aussi nous. Le salut de la planète et de l’humanité exige chaque jour davantage une telle réorientation de l’économie, avec de telles contraintes sociale, avec un tel rééquilibrage de la distribution des revenus et des charges, et de toute façon un tel coût pour chacun de nous, que, tout simplement, nous n’en voulons pas – ou, comme l’ont montré les Gilets jaunes, nous ne pouvons pas.

 

[1] L’Allemagne, leader des voitures Diesel, vient de prendre une décision sans précédent : imposer une baisse de 30% des émissions de Diesel d’ici 2030. Courageux, pionnier, et pourtant encore loin du compte… Comme l’interdiction du Diesel repoussée à 2040 : il sera trop tard depuis longtemps. Chaque jour, 1000 personnes en Europe meurent de la pollution de l’air, 10 fois plus que par les accidents de la route)

 

On vient de le voir, qui serait d’accord pour doubler ou tripler le prix de l’essence jusqu’à ce que la circulation automobile diminue des trois quarts ? Pour beaucoup, c'est tout simplement impossible. Ou tripler le coût du kérosène jusqu’à ce que nous renoncions à nos vacances lointaines ?

Quels périurbains accepteraient l’interdiction des voitures en ville ?

Quels modestes salariés, fonctionnaires, retraités, paysans, pourraient accepter de voir les prix des produits doubler et les factures d’énergie bondir ?

Et quels ouvriers accepteraient de perdre leurs emplois, que les nouveaux emplois ‘verts’ ne parviendront pas à tous remplacer ?

Qui pourra accepter l’obligation d’installer et de payer des panneaux solaires sur tous les logements et autres bâtiments, et des éoliennes dans tous les paysages ?

Quels utilisateurs de services publics, transports, écoles, justice, aides sociales – nous tous – accepteraient de les voir réduire drastiquement ?

Quelles élites accepteront de renoncer à leurs yachts, leurs SUV ou leurs voitures de sport ?

Qui, parmi nous, vous, moi le premier, quels ados, vont accepter de réduire de 90% leur usage du portable et de l’internet, dont la consommation électrique des serveurs est hallucinante ?

Qui acceptera l’interdiction des monstrueux supertankers qui nous apportent tant de biens de consommation à meilleur marché ?

Quels travailleurs sociaux, quels enseignants, quels soignants pourraient accepter le resserrement drastique de leurs budgets ?

Quelles familles accepteront que, passé un certains âge ou un certain degré de maladie, on ne soigne plus mais accompagne vers la mort ?

Quels fumeurs accepteront l’interdiction de la cigarette, cette méconnue mais massive pollueuse de l’air, de la terre et de la mer ?

Quels électeurs, et c’est toute la question, la seule question, quels électeurs accepteront tous ces sacrifices ? Car le jour où la majorité de la population acceptera tous ces bouleversements et leurs féroces contraintes, tous ces impensables sacrifices, ce jour-là les politiques, tout en sachant qu’on ne leur confiera pas de nouveau mandat, pourront enfin prendre les terribles décisions salvatrices. Et les grandes firmes seront contraintes de s’adapter. Mais pas avant.

Le péché ? Regardons-le bien en face : toutes nos incapacités à vraiment renoncer, deviennent des péchés. Toutes nos renonciations un peu lâches à exiger des politiques économiques et écologiques conscientes et déterminées, deviennent des péchés. Chacun, chacune, choisira les siens ! Pour la plupart parfaitement légitimes, mais mortels pour l’humanité. Cette somme de nos égoïsmes, légitimes pour certains, vis-à-vis de l’humanité, notre impréparation et notre réticence aux sacrifices collectifs à court terme pour la simple survie de nos enfants : voilà le péché que dénonceraient aujourd’hui les prophètes du Premier Testament. Si l’humanité est en train de se perdre, c’est de notre faute, et c’est notre péché. Collectif, mais notre péché quand même. C’est exactement ce que disaient les prophètes d’il y a 2500 ans. Et cette fois, c’est une sacrée conversion, sacrément concrète, qu’il nous faut accepter tous et toutes, ensemble. Et elle ne sera pas possible sans une vraie justice sociale. Pas demain, aujourd’hui.

Que le Dieu du Christ crucifié nous donne la conscience, la confiance, le courage et la force !

 

                                                                                                          Une version antérieure de cet article est parue dans Réforme en octobre 2018

[1] L’Allemagne, leader des voitures Diesel, vient de prendre une décision sans précédent : imposer une baisse de 30% des émissions de Diesel d’ici 2030. Courageux, pionnier, et pourtant encore loin du compte… Chaque jour, 1000 personnes en Europe meurent de la pollution de l’air, 10 fois plus que par les accidents de la route)

 

 

 

[1] L’Allemagne, leader des voitures Diesel, vient de prendre une décision sans précédent : imposer une baisse de 30% des émissions de Diesel d’ici 2030. Courageux, pionnier, et pourtant encore loin du compte… Chaque jour, 1000 personnes en Europe meurent de la pollution de l’air, 10 fois plus que par les accidents de la route)

 

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