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Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.

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Conte du jour, 78

Un jeu de cartes huguenot

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Conte du jour, 78

Richard Médaillon, grenadier au régiment de Borbonnois, était un dimanche à l’office divin, avec une partie de son régiment. Il y consultait un jeu de cartes avec la même concentration que s’il lisait un livre de prières… Les assistants ne tardèrent pas à s’en scandaliser, jusqu’à ce que son sergent lui fasse remarquer le scandale causé, et lui ordonne de mettre ses cartes dans sa poche. Richard n’en tint aucun compte, et continua de manier son jeu de cartes.

Le service fini, le sergent ordonne à Richard de le suivre, pour le conduire chez leur officier, auquel il fait rapport.

      « - Malheureux, lui dit l’officier, tu seras sévèrement puni pour ton irreligion ! Parle,  qui t’a fait agir de la sorte ?

- Monsieur, répond Richard, faites moi la grâce d’écouter de bonnes raisons…

- Volontiers, lui dit l’officier très courroucé ; voyons comment tu peux te blanchir : réponds au plus vite !

- Vous savez, Monsieur, que je ne suis qu’un pauvre diable qui ne gagne que cinq sols par jour, et ne puis épargner de quoi acheter une Bible ni un livre de prière ou un almanach. Mais le jeu de cartes, qu’on peut trouver d’occasion, me rappelle à la fois tous les sujets. Tirant un as, je me rappelle qu’il n’y a qu’un seul Dieu, créateur de toutes choses ; le deux me rappelle les deux Alliances ; quand je tire un trois, je me souviens des trois personnes, le Père, le Fils et le Saint Esprit ; je vois un quatre, je me souviens des quatre Évangiles, Saints Matthieu, Marc, Luc et Jean ; je vois un cinq, et je revois les cinq plaies de notre Seigneur Jésus ; quand je considère un six, je me rappelle que Dieu créa le ciel et la terre en six jours ; voyant un sept, je sais que Dieu se reposa le septième jour ; le huit me rappelle les huit justes échappés du déluge, qui étaient Noé, sa femme, ses trois fils et leurs trois épouses ; le neuf, les neuf lépreux qui furent guéris, à la vérité ils étaient dix, mais il n’y en eut qu’un qui remercia Dieu de l’avoir guéri ; un dix me remet devant les yeux les Dix commandement de Dieu ; un valet me marque les indignités commises par les valets de Caïphe et de Pilate lorsqu’ils crachèrent au visage de Notre Seigneur ; une dame me fait souvenir de la reine de Saba, venue de l’extrémité de la terre pour admirer la sagesse de Salomon ; voyant enfin un Roy, me fait souvenir de l’adoration des rois mages qui vinrent d’Orient pour adorer Notre Seigneur.

Enfin, si je compte le nombre des cartes dans le jeu, je trouve qu’il y en autant que de semaines et donc de dimanches : 52. Si je compte le nombre des points, j’en trouve autant que de jours dans l’année, qui font 365 jours. Ainsy, Monsieur, un jeu de cartes me sert à la fois de Bible, de livre de prières et d’almanach. Et de simple jeu de récréation lorsque j’ai rempli mon service… »

L’officier surpris et charmé des bonnes raisons de Richard, lui fit présent d’une pièce d’or, le fit régaler et le rendit absous, tout en lui conseillant d’enseigner ce beau catéchisme à tous ses compagnons.

           Libelle ancien, rapporté par Philippe Chareyre dans le bulletin paroissial d’Auteuil

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