Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.
Les balcons
Les Italiens, confinés, ont colonisé leurs balcons pour continuer de se parler, chanter, communiquer, en inventant une nouvelle manière de socialiser…
Dans mon immeuble, à part le mien, les appartements ne dépassent pas 15 m2. Alors pas de familles, rien que des célibataires, aucun mélange intergénérationnel…. Vu la taille des appartements, dès qu’ils le peuvent, les résidents vont vivre ailleurs, malgré les attraits du quartier. Donc, pas le temps de se repérer : d’un palier à l’autre, on ne se connait pas.
Juste en face, dans la même rue, se dresse un immeuble HLM où tous les résidents fraternisent : moi qui n’y habite pas, j’ai même été invitée à fêter leurs cinq ans d’existence. Les habitants de cet immeuble sont-ils plus ouverts, plus chaleureux, plus enclins à communiquer que ceux du mien ? Pas du tout, il n’y a pas de raison… mais l’architecte a réfléchi aux conditions pour favoriser la rencontre : les appartements sont disposés de telle sorte qu’on ne peut éviter de se croiser dans les escaliers ou dans la cour, lorsqu’on entre ou sort. Et ça marche !
Si on créait de telles conditions dans tous les domaines, quelle révolution ! A la campagne, on préserverait les haies, on laisserait des arbres dans les champs, on bannirait les monocultures intensives… Dans les écoles, les grands aideraient les petits, comme autrefois dans certains collèges, ça les responsabiliserait, il y aurait moins de violence.
Dans les résidences ‘troisième âge’, on mettrait des maternelles au rez de chaussée, et un potager au milieu : les anciens s’occuperaient et les petits apprendraient en regardant …. On pourrait prévoir un bâtiment pour des étudiants, qui rendraient des services en échange d’un loyer bon marché… Des complicités s’instaureraient, et la vie circulerait, sans besoin d’ ‘animations’.
Dans toutes les entreprises, on prévoirait une crèche pour les enfants, les mamans n’auraient plus à courir et jouer les funambules entre travail et vie de famille, moins de stress… On favoriserait la rotation des postes, des idées germeraient, pour diminuer la pénibilité ou éviter le travail répétitif….
Bref, dans tous les domaines, on créerait les conditions qui permettent à tous et toutes d’être ce qu'ils sont déjà pour la plupart au fond d’eux-mêmes : des citoyens prêts à aider, des gens imaginatifs, des êtres voulant vivre en frères et sœurs.
Il ne suffit pas de décréter la fraternité, il faut créer les conditions… Alors, à tous les niveaux… créons des balcons !
Marie Toussaint, 25 avril 2020