Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.
Le journal Le Monde constate un « énorme soutien » pour tous les personnels soignants, qui « fait chaud au cœur ». Bravo. Mais aussi quelques billets anonymes, par exemple sur les pare-brise des voitures de soignants, comme : « Si vous venez encore vous garer dans notre quartier, je vous dénonce à la police »… La peur irrationnelle...
On est incrédule et accablé ; puis on se dit : mais quelle solitude, quelle tristesse, quel rétrécissement sur soi-même pour arriver à un tel aveuglement, une telle inconscience, un tel égoïsme. Quel poids de désespérance et de vide...
Bien sûr, on ne doit pas laisser de tels actes se développer, et donc porter plainte, hélas. Mais on ne peut aussi que ressentir une part de pitié. Et se demander comment aider ces personnes à se remettre dans la commune solidarité…
Peut-être ce vieux conte pourrait en montrer le chemin ?
Un jour, une femme vient s’installer dans un petit village. Elle s’aperçoit vite que dans ce village personne ne fait attention à personne, mais que chacun se méfie de chacun.
Alors elle fait circuler le bruit que, dimanche, elle offrira à qui le souhaite une soupe au clou.
Parce qu’elle n’avait qu’un clou.
“Mais ce n’est pas possible de faire une soupe avec un clou !’’ dirent les voisins. ‘’Vous allez voir” dit-elle.
Le mystère se répand dans tout le village, et, dès le dimanche après-midi, tous se retrouvent sur la grand’place, pour voir. La femme sort de chez elle, prépare un feu, apporte une marmite et la remplit d’eau avec son tuyau d’arrosage. Elle allume le feu sous la marmite pleine d’eau, y jette un beau clou tout neuf, pose un gros couvercle, puis s’assied et attend. Tout le monde se rassemble avec perplexité autour de la marmite. De temps en temps, elle soulève le couvercle, et quand apparaissent les premières bulles, elle goûte. Tout le monde la regarde...
“Hum, c’est bon, mais ça manque de sel” dit-elle, en baissant le feu.
Quelqu’un part chercher du sel.
Elle laisse mijoter, puis, 10 minutes plus tard, goûte à ,nouveau : ‘’C’est meilleur, mais ce serait encore meilleur avec un ou deux poireaux.’’ Un voisin court dans son jardin arracher deux pieds de poireau, les lave, les coupe, et les jette dans la marmite.
Quelques minutes plus tard, elle goûte à nouveau, en faisant passer le liquide d’une joue sur l’autre : ‘’Hum, c’est très bien, mais dommage que nous n’ayons pas de pommes de terre, pour épaissir un peu…’’ Une femme qui revenait du marché propose ses pommes de terre, chacun sort son couteau, épluche, et tout parvient dans la marmite.
Ainsi jusqu’au soir, un voisin ajoute des navets, un autre des carottes, un brin de persil, un os à moëlle, un peu de lard…
Arrive alors, retour du travail, la famille d’immigrés à laquelle personne ne veut parler. La femme leur dit : ‘’C’est presque prêt ! Mais si vous aviez une bonne bouteille pour accompagner, on va bientôt servir…’’ La bouteille arrive promptement.
Au moment de servir, les tables apparaissent soudain, on y met des nappes et des lampions. La femme ôte le clou, le met dans sa poche pour une autre occasion, et tous se régalent du délicieux pot-au-feu.
Depuis ce jour, on se parle dans le village, toutes familles confondues. Peut-être y a-t-on découvert qu’hospitalité rime avec solidarité ?
D’après un vieux conte et Corinne AKLI