Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.
Voici un texte qui illustre merveilleusement la responsabilité d'une communauté chrétienne ; c'est une parole de Jésus lui-même, dans l'Evangile de Jean, juste après la rencontre et le dialogue entre Jésus et la Samaritaine, près du puits de Jacob. Quand ses disciples reviennent et s'étonnent de la conversation de Jésus avec une femme, étrangère de surcroît...
Jésus vient donc de parler avec la Samaritaine d'une eau qui jaillit en vie éternelle – belle image aussi de l'Eglise !
Arrivent ses disciples qui s'étonnent, se vexent sans doute aussi un peu, et lui proposent très gentiment, mais très prosaïquement, de manger. C'est pour cela qu'ils ont fait les courses.
Mais, comme il le fait d'habitude dans l'Evangile de Jean, comme il vient de le faire avec la femme Samaritaine, Jésus déstabilise ses interlocuteurs en changeant aussitôt de logiciel : il saute du prosaïque au spirituel :
« J'ai une autre nourriture à manger »
Ah bon, il a aussi fait des courses ?
Mais non : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé » – Dieu.
Et nous, c'est pareil.
Nous nous reconnaissons d'ailleurs bien dans ces disciples : les pieds sur terre et n'oubliant pas les courses... mais ne saisissant pas toujours ce que Jésus nous demande.
Nous sommes ainsi comme de bons disciples, à l'image de ceux de Jésus ; pas mieux que ceux de Jésus. Mais eux ne sont pas non plus mieux que nous... Et c'est pourtant bien eux que Jésus envoie évangéliser le monde, et qui y réussissent !
Alors, c'est notre tâche, notre nourriture à nous aussi : évangéliser le monde.
Nous pensons bien sûr que c'est largement au dessus de nos forces, et pas seulement de nos forces, aussi – mais on ne le dira à personne – largement au dessus de notre envie et de l'engagement que nous sommes prêts à tenir... Surtout en ce moment, où le monde va si peu bien, et où toutes les religions vacillent, risquant de tomber dans la violence et le rejet des autres.
Mais Jésus répond :
« Vous pensez qu'il y a encore quatre mois avant la moisson ? Regardez mieux : elle est prête, les épis frémissent dans le vent et attendent les moissonneurs ». Ce sont nos contemporains, autour de nous, qui nous attendent. Nous, vous, parce que les moissonneurs, c'est vous ! Oui, vous, nous tous.
Et Jésus ajoute aussitôt :
« Déjà le moissonneur reçoit un salaire, et recueille du fruit, pour la vie éternelle ».
Déjà notre salaire est prêt, déjà le fruit de notre travail produit et produira de la vie éternelle.
Notre salaire ? Notre travail qui porte du fruit, qui produit de la vie éternelle autour de nous ?
Notre travail à nous ? A toi, à moi, à elle, à lui ?
Mais oui : parce que nous avons été aimés. Parce que nous sommes aimés depuis toujours, parce que nous sommes en dette, pour avoir tout reçu.
Tout reçu, y compris ce qui nous a manqué et qui nous fait mal, dans la mesure où ce manque participe à ce que nous sommes.
Oui, nous sommes en dette, d'avoir été aimés, d'avoir reçu, d'avoir été choisis et élus. Elus, puisque nous sommes ici, c'est que nous avons été choisis.
Et l'on voit bien que notre salaire se confond avec notre dette, que notre salaire – être aimés et choisis – nous l'avons déjà reçu, et qu'il se confond avec notre dette : aimer à notre tour, donner, et porter l'Evangile à notre tour...
Il n'y a pas beaucoup de dettes aussi belles !
C'est d'ailleurs pour cela que nous avons été choisis, aimés, élus : pour recevoir du Père son exigence et sa bénédiction. Notre pain, notre nourriture, celle dont parle Jésus pour lui-même face à ces disciples, c'est justement de partager notre pain, notre pain concret, matériel, nos biens et nos sous, et partager notre pain spirituel, notre amour, notre temps, notre respect, notre attention, notre énergie, pour vivre et faire vivre l'Evangile.
C'est comme le pain du Notre Père, dont le terme grec signifie à la fois le pain concret de chaque jour, mais aussi le pain spirituel, l'amour que Dieu nous donne, et la mission qu'Il nous donne.
Ce pain, cette nourriture, qui est donc à la fois une exigence et une bénédiction :
C'est déjà entrer nous-même dans la vie éternelle, et y faire entrer la moisson : ceux que nous rencontrons, ceux, tous ceux, qui sont autour de nous.
Et bien sûr, cette exigence et cette bénédiction que nous recevons personnellement, chacun de nous ici, c'est aussi l'Eglise et notre Eglise, notre communauté qui les reçoit, qui reçoit cette embauche comme moissonneur : faire entrer toute l'humanité dans la grange du Créateur, porter l'Evangile à tous ceux qui, dans le monde, ont besoin de Lui.
Parce que le grain est mûr.
L'étonnant, l'extraordinaire, c'est que notre Eglise a déjà, comme chacun de nous, reçu ce salaire : exigence et bénédiction, ce fruit produisant de la vie éternelle !
Et c'est à cette mission-là, à elle seule, que servent nos Assemblées Générales, comme celle de ce matin.
Et puis Jésus ajoute, et c'est merveille pour nous, Eglise Protestante Unie de Pentemont-Luxembourg, en cette année :
« L'un sème, l'autre moissonne » : ils ne sont pas les mêmes.
Mais : « le semeur et le moissonneur se réjouissent ensemble ». Ensemble !
Comment ne pas comprendre que Jésus parle directement de notre propre paroisse. Formidable quand même ! A nous, en cette période de transition entre pasteurs, où notre Conseil Presbytéral se renouvelle profondément au long des ans, et où notre communauté voit de jeunes générations rejoindre, au culte et dans nos activités, les générations plus anciennes et toujours fidèles.
Comment ne pas s'en réjouir ensemble, comme y incite Jésus lui-même ;
comment ne pas se réjouir ensemble que les anciens, nos anciens, transmettent le relais et se réjouissent ;
que de nouveaux, des jeunes, prennent ce relais, et se réjouissent ;
que donc tous, nous tous, nous nous réjouissions ensemble ?
C'est bien ce que dit le Christ :
« Je vous envoie moissonner ce que vous n'avez pas semé, et qui ne vous a rien coûté ; d'autres ont travaillé, et vous, vous êtes arrivés pour cueillir le fruit de leur travail ».
Jésus parle bien sûr des prophètes et des justes du Premier Testament. Mais aussi de nous.
Alors merci à vous les anciens, nos anciens, pour tout ce que vous avez fait, donné, œuvré, voulu, et qui est recueilli aujourd'hui ; et merci à vous, les plus jeunes, les nouveaux, de prendre le relais. Vous recevez un bel héritage, et la même promesse : porter du fruit qui produit la vie éternelle.
C'est à vous que Jésus dit : « Levez les yeux et regardez les champs : ils sont prêts pour la moisson ! »
Les uns comme les autres, vous êtes, nous sommes cette nation sainte dont parle l'Exode, ce peuple de prêtres, aimés, choisis et appelés pour être les témoins de Dieu et de la foi.
Nous ne sommes, vous n'êtes, pas mieux que les disciples de Jésus ; mais eux n'étaient pas mieux que vous, que nous. Et nous sommes, comme eux jadis, porteurs du projet et de l'amour de Dieu pour l'humanité, à commencer par celle qui nous entoure immédiatement.
Oui, mais comment ?
Eh bien, comme nous le faisons ici, en priant.
En priant pour demander quoi ?
Pour demander ce que Dieu souhaite que nous Lui demandions et qu'Il souhaite nous donner.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire entrer dans sa volonté et la vivre, écouter sa voix et la vivre,
et voir le monde changer.
C'est notre salaire et notre bénédiction !
« Levez les yeux et regardez les champs : ils sont prêts pour la moisson ! »
Jean-paul Morley
Cultes d’Assemblée Générale, 12 avril 201
Lectures : Exode 19 : 5-6
Jean 4 : 31-38