Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.
Qu’est-ce que bénir veut dire ? Cherchons à l'origine de l'humain : à la Création, au premier chapitre de la Bible, premier chapitre de la Genèse. Puis à cette bénédiction fabuleuse d'Abraham, à l'origine, cette fois, du peuple de Dieu, dont nous sommes les héritiers...
Genèse 1 : v. 24-31
Chacun s'en souvient : le premier jour de la Création, celui de la lumière séparée des ténèbres, se conclut déjà par la formule « Dieu vit que cela était bon ».
Et c'est une bénédiction : une ‘bonne parole’, une parole qui dit du bien de ou à quelqu'un. Qui souhaite du bien à quelqu'un.
Dès sa première parole, dès son premier acte, Dieu dit et souhaite du bien, Il bénit...
Et un petit peu plus loin dans la Genèse, le sixième jour, celui de la création de l'être humain, Dieu dit pour la seule fois que « cela est très bon ». Une super bénédiction. Et vraiment une super bénédiction pour les humains !
Pourquoi ?
En bref : la nourriture, la domination, l'amour y compris la sexualité, et le dialogue avec Dieu.
Oui, super bénédiction !
Et super responsabilité puisqu'Il nous institue aussi les gardiens de tout cela : vis-à vis de la nature et la planète ; vis-à-vis des animaux, vivants, fragiles et sensibles ; vis-à-vis de nos conjoints et de nos amours ; vis-à-vis de la place laissée à Dieu sur terre... Responsabilité superbe, mais terrible.
Terrible, mais superbe.
Autrement dit, cette première bénédiction, dès le premier chapitre de la Bible, c'est celle qui fait de nous des êtres humains : dominants. Responsables. Et bénis.
Genèse 12 : v. 1-4
Cette première bénédiction, universelle, qui s'étend sur tous les humains – même les autres, vous savez : immigrés, terroristes, handicapés, Roms... – cette première bénédiction est complétée par une seconde, encore plus belle s'il est possible : celle qui cette fois-ci vise un individu, une personne singulière, peut-être chacun de nous. Celle à Abraham.
Trois éléments :
un pays,
une descendance,
une… bénédiction justement.
Cinq fois le terme « bénir » en deux versets ! Une bénédiction qui promet une bénédiction, une bénédiction qui rebondit, transforme le béni en bénissant, puis rebondit encore des bénis jusqu’aux nations entières...
Dieu promet à Abraham, et par ricochet à chacun de nous, à chaque croyant :
Et il me semble que tout cela, un espace pour vivre et agir, une histoire à créer et où s'inscrire, une bénédiction à démultiplier – est infiniment plus large, plus vrai, plus désirable que toutes les autres bénédictions possibles, y compris bibliques, qui n'en sont finalement que la déclinaison ou les compléments...
Et si l'on ajoute la première bénédiction – nourriture, domination, amour, dialogue divin, c'est-à-dire le personnel ;
à la seconde bénédiction – espace, histoire, être source de bénédiction, c'est-à-dire le collectif – alors, c'est juste une merveille qui nous est offerte. Offerte !
Offertes... à qui, au fait ?
Pas tout à fait aux mêmes l'une et l'autre.
L'une est pour tous : « Dieu vit que cela était très bon » : la première bénédiction, celle qui suit la création de l'être humain, couvre par définition tous les humains, elle les couvre avant même leur naissance, indépendamment de leur mérite, de leur vertu, de leur ethnie, de leur comportement ou de leur foi. Elle leur est offerte d'emblée, chacun la reçoit en naissant humain.
L'autre est moins large : « Va, quitte tout ce que tu as, tout ce que tu es : va vers toi-même et l'avenir que je te montrerai... ». La seconde bénédiction, celle à Abraham, demande une décision, une confiance, une mise en route.
Mais elle est offerte à tous les croyants, sans autre condition que leur confiance et leur foi, et elle s'épanouit en bénédiction pour autrui... C'est la bénédiction qu'offre la confiance en Dieu.
Une bénédiction qui nous donne l'émerveillement de l'avoir reçue. Et la responsabilité qu'elle se concrétise dans toutes ses dimensions pour tous les humains.
Elle nous met donc en mouvement, nous aussi, comme Abraham, pour agir là où nos frères et sœurs humains vivent en subissant la guerre, la détresse, la solitude, la maladie, l'égarement, le rejet, la violence, ou encore l'absence de Dieu, l'absence de foi...
Et la première chose à faire… c'est de les confier : de confier nos frères et sœurs humains, en particulier ceux qui souffrent, à Dieu, à la bénédiction de Dieu.
Ainsi nous-mêmes, pour que nous soyons source de bénédiction pour les uns comme pour les autres, afin que ces autres deviennent eux aussi sources de bénédiction autour d'eux :
confions-nous à Dieu,
confions-les à Dieu,
réapprenons ensemble le pardon en Christ,
l'amour de Dieu, notre Père à chacun,
la prière permanente,
et apprenons-leur à en vivre, par nos actes, par notre propre amour, par notre propre prière, et par ce que nous proposons de vivre ensemble, notamment à travers l'Eglise.
Quelle superbe responsabilité ! En avons-nous déjà eu beaucoup d'aussi belles ?
Et quelle superbe promesse, bien sûr trop belle pour nous, trop belle pour être vraie...
Alors : vraiment, que Dieu nous vienne en aide, qu'Il nous bénisse, nous garde, nous donne la bénédiction d'Adam et Eve, et celle d'Abraham ; et qu'Il bénisse notre Eglise et tous ceux qui nous entourent !
Jean-paul Morley
Cultes du 5 octobre 2014
Lectures : Genèse 1 : v. 24-31
Genèse 12 : v. 1-4a