Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.
Jésus Christ, pourquoi ai-je du mal à en parler ? Comment répondre quand on m’interroge sur ma foi ?
Pour s’y préparer, deux propositions :
(Jean 4 :7-25)
7 Une femme de Samarie vint pour puiser de l'eau et Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » 8 — Ses disciples étaient allés à la ville acheter de quoi manger.
9 La femme samaritaine dit à Jésus : « Mais, tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? » — En effet, les Juifs n'ont pas de relations avec les Samaritains.
D’emblée, la situation est posée : ces deux personnes sont différentes, voire opposées : une femme, un homme ; un Juif, une Samaritaine, c’est-à-dire deux nations, deux cultures différentes ; une Samaritaine, un Juif, donc deux religions proches mais différentes, concurrentes.
10 Jésus lui répondit : « Si tu connaissais ce que Dieu donne, et qui est celui qui te demande à boire, c'est toi qui lui aurais demandé de l'eau et il t'aurait donné de l'eau vive. »
Jésus change aussitôt de registre : il ne répond pas à l’obstacle social formulé par la femme, il change de niveau, ne parle pas d’elle et de lui, mais de l’eau, d’une eau différentes, vive, mal définie …..
11 La femme répliqua : « Maître, tu n'as pas de seau et le puits est profond. Comment pourrais-tu avoir cette eau vive ? 12 Notre ancêtre Jacob nous a donné ce puits ; il a bu lui-même de son eau, ses fils et ses troupeaux en ont bu aussi. Penses-tu être plus grand que Jacob ? »
Elle a senti le changement de registre. Mais, prudente, elle se méfie, et reste, pense toujours ‘eau à boire’. Mais elle s’approche quand même, malgré elle, du sujet religieux : « Penses-tu être plus grand que notre Père Jacob ? »
13 Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; 14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif : l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'où jaillira la vie éternelle. »
Nouveau saut, nouveau changement de registre : Jésus passe de la simple survie physiologique, l’eau nécessaire pour la vie physique, à la vie éternelle : il passe de la vie quotidienne, normale, dont tout le monde parle, à la vie spirituelle, la foi, dont personne n’ose parler, surtout aujourd’hui dans une société où cela ne se fait pas, comme alors entre Juifs et Samaritains.
15 La femme lui dit : « Maître, donne-moi cette eau, pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus besoin de venir puiser de l'eau ici. »
16 Jésus lui dit : « Va chercher ton mari et reviens ici. »
17 La femme lui répondit : « Je n'ai pas de mari. »
La femme fait semblant de ne pas comprendre, elle non plus ne veut pas parler de choses spirituelles. Elle préfère en rester encore à l’eau matérielle et à sa corvée quotidienne. Alors Jésus, sans prévenir, met le doigt sur l’intime, le personnel, là où cela fait mal... Il a compris, en voyant la femme venir seule au puits à midi, qu’elle avait un problème social.
Et Jésus lui déclara : « Tu as raison d'affirmer que tu n'as pas de mari ; 18 car tu as eu cinq maris, et l'homme avec lequel tu vis maintenant n'est pas ton mari. Tu as dit la vérité. »…
Jésus appuie encore plus fort, là où cela fait vraiment mal, affectivement et socialement ; là où la femme se pose vraiment des questions, des culpabilités et des angoisses…
Personne ne se permettrait une telle intrusion ; lui si, mais sans y mettre aucun jugement …….
19 Alors la femme s'exclama : « Maître, je vois que tu es un prophète. 20 Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne, mais vous, les Juifs, vous dites que l'endroit où l'on doit adorer Dieu est à Jérusalem. »
21 Jésus lui répondit : « Crois-moi, le moment vient où vous n'adorerez le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem.
22 Vous, les Samaritains, vous adorez Dieu sans le connaître ; nous, les Juifs, nous l'adorons et le connaissons, car le salut vient des Juifs.
23 Mais le moment vient, et il est même déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en étant guidés par son Esprit et selon sa vérité ; car tels sont les adorateurs que veut le Père. ..
24 Dieu est Esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en étant guidés par son Esprit
et selon sa vérité. »
Et la femme, cette fois, bascule : elle accepte de placer le dialogue au niveau spirituel, elle accepte d’écouter, elle sait que sa vraie détresse est par là.
Et celui qu’elle appelait « Toi, Juif », puis « Maître », elle l’appelle « Toi, tu es prophète » tu parles de la part de Dieu
Elle se défend encore, mais elle va accepter.
25 La femme lui dit : « Je sais que le Messie – c'est-à-dire le Christ – va venir.
Quand il viendra, il nous expliquera tout. »
La voici au seuil de la confession de foi.
Bientôt, elle retournera dire au village que c’est peut-être le Messie qui est là, tout proche..
…
Quelles leçons tirer de cet étrange dialogue, où Jésus, assez peu sympathique, bouscule et déstabilise cette malheureuse, mais la renvoie transformée ?
5 étapes, peut-être :
1 – Oser parler à ceux qui n’ont pas la même foi que nous ;
2 – Sans se laisser enfermer dans les échanges inoffensifs, conventionnels et quotidiens ;
3 – Mais partir de ces préoccupations quotidiennes, pour :
4 – Non parler de son Dieu et de sa foi, mais parler, oser aborder ce qui touche vraiment et personnellement la personne en face de soi, avec beaucoup de délicatesse et sans aucun jugement, mais avec ce culot de Jésus – socialement très mal vu. Essayez, avec délicatesse et sans jugement : on vous remerciera sans doute.
5 – Alors, pouvoir parler de ce que l’on vit, soi-même, comme foi.
Alors, la foi ça sert à voir plus clair, à ne jamais être seul, à se sentir aimé et accepté malgré tout ; et parfois pardonné, puisqu’on en a tous besoin.
Se sentir aimé et accepté même quand on est au chômage, ou quand tes enfants se rebellent, ou que ton conjoint te quitte…
La foi, c’est avoir quelqu’un à qui tu peux parler et tout dire, tout ; et c’est entendre ce que te suggère quelqu’un de plus grand, qui voit plus loin et plus large que toi.
Et puis c’est aussi recevoir l’amitié et la confiance d’une communauté fraternelle.
En gros, c’est recevoir une clef pour toute ta vie : la clef du bonheur et la clef de ta raison d’être, la direction de ta vie. C’est quoi, cette clef ? Le cœur de l’Evangile, ce qu’a démontré Jésus sur la croix – tu connais ? – qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir, que le seul secret de la vie, c’est d’aimer et non d’être aimé et admiré. Le reste vient ensuite, de lui-même.
Et si les différentes religions étaient simplement différentes façons humaines de le concevoir et de l’approcher, mais qu’il s’agissait toujours du même Dieu, du même Père de tous les humains, et du même projet d’amour et de pardon pour l’humanité ?
Quoi de particulier avec les protestants ? Rien de plus, sinon qu’ils essaient de vivre cela le mieux possible, avec la certitude que Dieu nous accueille et nous accueillera tous, et sera finalement vainqueur du mal qui nous assaille de partout.
Et à quoi ils servent, les protestants ? Mais à être le sel de la terre ! Une belle ambition, non ?
La mienne !
Mon Dieu, c’est la force qui a créé l’univers
C’est le Père qui a voulu l’espèce humaine,
qui l’a voulue libre pour pouvoir l’aimer,
qui lui offre son amour sans limite en dépit de nos piètres comportements,
et qui voudrait nous convertir à cet amour.
C’est Jésus, le Fils, qui prend sur lui toutes nos souffrances – et celles de Dieu !
à travers l’événement inouï, à la fois historique et cosmique, de la croix du Christ et de sa résurrection ;
C’est l’Esprit qui nous parle,
nous murmure à l’oreille si nous voulons bien l’écouter,
nous console, nous encourage, nous accompagne, nous pardonne
et nous invite à vivre droits, responsables, solidaires, généreux ;
bref nous invite à aimer, et donc à être heureux…
Voilà, pour moi, le Dieu de la Bible, mon Dieu.
Amen !