Quelques textes pour avancer dans la réflexion théologique.
Connaissez-vous l'histoire d'Ornan, ce personnage modeste et méconnu du premier Testament ?
Une histoire bien étrange, un peu inquiétante.
Elle se trouve dans le premier Testament, au livre des Chroniques, un livre plutôt historique qu'on ne lit pas très souvent. Pourtant, il raconte quelques histoires étonnantes.
Celle d'Ornan, de son champ, et de ses bœufs mérite le détour...
Quel en est le contexte ?
Le roi David s'apprête à commettre une faute grave, qui risque d'attirer le malheur sur son peuple. Il est alors roi à Jérusalem, en pleine gloire et puissance, et veut savoir quelle est l'étendue de sa puissance ; il veut compter ses forces, il veut compter tout son peuple.
Cela, Dieu ne le veut pas. Il ne veut pas qu'on dénombre le peuple, son peuple. Il ne le veut pas, parce que compter ses forces, c'est compter sur ses propres forces, au lieu de recevoir de la main de Dieu ce dont on a besoin, tout ce dont on a besoin, pas plus que ce dont on a besoin.
Mais David s'obstine et compte quand-même son peuple, malgré les mises en garde de son général Joab. Il arrive à un 1 570 000 hommes, à peu près autant de femme, sans compter les vieillards et les enfants.
Mais Dieu est très mécontent. Alors il envoie son prophète Gad, qui déclare à David :
« Voilà, tu as fait une grave erreur. Dieu va devoir te punir, mais Il te laisse un choix : Il te propose trois punitions ; à toi de choisir :
David réfléchit, et se dit : la famine pendant trois ans, c'est trop long, il y aura trop de souffrances, trop de pertes. Et le peuple m'en voudrait...
Se livrer aux mains des hommes, ils sont trop cruels, c'est trop dangereux, il y aura trop de pertes. Et cela aussi, le peuple me le reprocherait...
Je choisis plutôt ce qui vient de la main de Dieu – la peste – parce que Dieu est bienveillant, généreux, et qu'Il reviendra peut-être sur sa décision. Et puis cela, le peuple ne me le reprochera pas...
La peste arrive donc. L'ange exterminateur survient – c'est une image bien sûr – et il commence à faucher les habitants. Il en a déjà tué 70 000, et il est tout proche de Jérusalem.
Alors le Roi David, désespéré, consterné, décide de s'avancer à sa rencontre, avec ses ministres, en habits de deuil.
Et au moment où David s'approche de la colline où laboure un homme avec ses bœufs, un homme appelé Ornan, l'ange exterminateur s'en approche aussi, de l'autre côté. Et Dieu, qui voit Ornan travailler, qui voit les dégâts déjà provoqués par la peste, qui voit David désespéré, Dieu dit à l'ange exterminateur : « Arrête ! Suspend ton geste. »
David avait raison : Dieu n'aime pas voir souffrir les humains. Alors David tombe à genoux, là où il est, et prie Dieu :
« Ecoute, tu es en train de tuer tout ton peuple, ton propre peuple ; mais c'est moi qui ai commis une faute, ce n'est pas lui, il n'y a pas de raison ; alors frappe-moi, moi, mais pas lui, ce n'est pas juste... »
David a enfin compris la gravité de sa faute et de ses conséquences sur son peuple ; il comprend que ce n'est pas à d'autres de souffrir à cause de lui, et il accepte, réclame enfin la punition pour lui-même...
Alors David s'adresse à Ornan, resté là, pour lui dire :
« Vends-moi ton champ : j'y offrirai un sacrifice, pour arrêter la peste ! »
Mais Ornan répond : « Non, je ne vais pas te vendre mon champ ! Prend-le, offre ton sacrifice, prends aussi mes bœufs, pour les sacrifier, et même ma charrue pour faire le feu ! Prends-les, je te les donne, puisqu'il s'agit de sauver tout le peuple !
- Pas question, dit David malgré la générosité d'Ornan, tu ne me donneras rien : si je dois faire un sacrifice, ce doit être un vrai sacrifice pour moi, il faut que je le paye, et que je le paye cher ! ».
David, le roi, paie donc son champ, et ses bœufs, et sa charrue à Ornan, pour leur vraie valeur, et offre son sacrifice...
Aussitôt Dieu envoie son feu du ciel pour brûler le sacrifice, signe qu'Il l'accepte, et ordonne à l'ange exterminateur, qui s'était arrêté, de se retirer. La punition s'achève là.
Et cette colline devient la colline de Sion, où sera bâtit le Temple de Jérusalem...
Voilà l'étrange histoire d'Ornan, dont on ignore ce dont il est ensuite advenu.
Mais quelles leçons pouvons-nous en tirer ? Quand je l'ai relue, il y a quelques années, je voyais divers sens possibles. Mais lequel garder ?
« Debout, car voici ta lumière,
Et sur toi se lève la gloire du Seigneur
au milieu des ténèbres de la terre... »
Alors laquelle de ces leçons garder ?
La faute de compter sur ses seules forces ? La clémence de Dieu ? La générosité d'Ornan ? La repentance de David ? Notre responsabilité collective ? Ou l'allégorie de la résurrection à venir ?
Je l’ignore ! J'ignore quelle est la bonne, ou la plus importante, ou celle qui vous est adressée à vous, personnellement… Peut-être toutes à la fois.
Que chacun choisisse, et retienne celle qui lui dit quelque chose, à lui, de la part de Dieu, et la garde comme viatique. Et si vous en trouvez une autres, surtout faites-la moi découvrir !
Mais mon plus grand souhait, maintenant, c'est que le Dieu de David, le Dieu de Jésus, vous soit aussi proche, à chacun qu'Il l'était de David et d'Ornan, et qu'IL vous donne, tout au long de l'année, l'assurance que vous aussi, comme le promet Noël, vous êtes déjà passés de la mort à la vie !
Amen
Cultes du 5 janvier 2014
Lectures : I Chroniques 21 : 1 à 22 : 1
Esaïe 60 : 1-4